J’ai peur comme si un ange m’avait écrit

comment te dire
les poumons des anges flottent à l’extérieur de leur corps
ils sont différents ils sont grands ils interceptent les ombres
les anges détectent le vent inquiétant et doux
ce matin pendant que le sachet de thé libère ses couleurs dans une eau très chaude
j’imagine la couleur de l’air dans les poumons des anges
la honte qu’ils en ont la joie leur joie de la honte
je sais cuisiner le poumon y compris ce qui est matériel et accidentel
on utilise une casserole aux dimensions car le poumon prend du volume
afin que le poumon ne flotte pas à la surface il est lesté avec une pierre dure
on écume la mousse qui se forme
quand le poumon est froid on le coupe en dés ou en lanières
on retire les vaisseaux et autres éléments coriaces


malgré la préparation je mange difficilement le matin
le nom oedeme a la couleur d’une mousse rosée
autour du poumon de l’ange il faut croire qu’il y a un souffle plus beau que l’infusion du thé
mes poumons sont pliés à l’intérieur de mon corps je ne dégage aucune couleur
l’air est fade il a trop de densité on a peur que tout déborde
pourtant la forme typique de l’ange se rencontre de moins en moins
le matin on prend un traitement qui atténue les poussées aigues
le thé nous brûle les lèvres et on se soigne
tout effort est néfaste mousse et crachats seront conservés comme au temps ancien
le souffle de l’incertitude venait de l’extérieur de mon corps
l’intégralité de ce que je suis venait de l’extérieur de mon corps


je suis imperceptible j’ai peur ce matin comme si un ange me quittait
comme si le corps du premier ciel interrompait la série inexorable des causes

les limites sont à trouver expérimentalement et par l’expérience

moi, la logique
le corps n’y est pas

agencer n’est pas une position de force c’est une langue douce qui pourrait te briser les os
les corps sont trop différents en apparence
c’est compliqué je voudrais toi et moi pareil
incarner la substance ça aurait été plus facile allongé dans la position du drame avec toi
pendant quelques secondes les vrais anges me reconnaissent ils sont une question
par le vrai les choses roulent en rêve et grattent
la surface est trop spectaculaire je reconstitue le sol humide je glisse et tu m’écrases
rien ne sépare alors je ne devrais pas bientôt mourir
après tu es fatiguée et tu ne peux plus rien faire

le poème est une loi générale qui arbitre le match
le match se joue entre la force mécanique et nos corps mous
il y a plusieurs matchs la force mécanique est partout
nos corps mous sont imprudents ils ont de la chance ils ont le pied
coupé ou un petit morceau de jambe
ils sont évacués dans les services orthopédiques
les anges ne se rendent pas compte il y a en a qui descendent et qui meurent écrasés
dans l’autre match les corps sont plus arrachés je trouve qu’ils n’hésitaient pas assez
la vie est une hésitation qui te sauve la vie

langue parle il a mangé sa langue le garçon
que faire d’autre sa vie manger sa langue
mangez en tous le vent s’étrangle de rire
tout brille et accepte les fleurs
tout le monde ressemble à un ange
et ce n’est pas solide et ce n’est pas facile tout le monde est contaminé
on a tellement de trucs morts tout le monde a un problème avec la substance
sous la langue il n’y a rien on ne produit pas le bout par le muscle le plus puissant
on est tous un peu déçus on attendait mieux
on t’a donné un corps et toi tu n’oses pas le sortir de son corps

Système de compréhension par approximation adjacente

une tête de cheval est une tête une tête de chèvre est une tête ce que tu veux est une tête
une tête de chèvre est une tête de cheval est une tête à la différence près
une tête est ce que tu veux elle enferme bouche elle enferme viande elle est avec toi
toi qui saisis ce qui commence et toi décision prise de te changer face à la mort
en moins d’un quart d’heure le temps de te changer la tête
la tête de l’ange est déjà célèbre au point que personne ne veut la regarder
l’être au monde le plus fluide c’est l’ange sans la tête
le cheval lui prête une tête de chèvre une tête de cheval
pour cette seule raison tu penses que les anges ont disparu
ils ont une tête de cheval ressemblante mais elle ne ressemble pas à l’idée
qu’on se fait de la tête de l’ange l’idée est vague et siffle
c’est quoi une tête vide
c’est un ange qui sait et tourne indéfininement
il ouvre les yeux nous sommes là avec la mort dans le paysage
éveillés il ne se passe plus rien


la science de la tête la science de l’ange n’est pas la science chirurgicale
maintenant on rêve des vrais exploits on arrive à marcher sans les jambes on court plus vite
sans les mains c’est bien connu on articule presque une salutation distinguée
le cheval prête sa tête pour pouvoir se regarder et savoir s’il ressemble à l’ange
le chirurgien est dépassé par le travail à faire
les blessures faites au combat aiment le travail bien fait
si nous sommes fragiles de la tête ça n’a rien à voir avec la profondeur
peut-être la complexité fait du mal
les têtes les plus simples elles ont la colère inexplicable
on serait nombreux à se dire la science des anges a disparu en écrivant ça je pleure
je les vois autour de moi les figures d’ange il n’y a pas si longtemps je les trouvais
dans les gouttes de mon sang qui tombait par terre j’ai encore tout sali je ne sais pas me tenir propre maman sait que les anges salissent tout ceux là c’est la dernière fois que tu les invites à la maison
les anges ne sont pas concernés ils ne visent pas les causes profondes

Traitement des propriétés projectives des figures

on invente la technique on invente la bêtise les vraies larmes le vrai sang
comme je suis heureux ma tête cortexale pleure rarement
le cerveau dedans dehors se frotte plusieurs minutes de plaisir cérébral la poésie est en haut

je comprends mieux depuis
que je connais les organoïdes
pourquoi la réalisation de la viande n’est pas assurée
les organoïdes n’y arrivent pas les anges n’y arrivent pas non plus
à défaut de coeur les organoïdes sont de taille discutable ils ne vont pas très loin
ils dansent ils nagent dans une eau très chaude
j’admire leur combat énorme pour assurer la routine
les organoïdes regrettent le temps où ils étaient éternels
l’indifférencié est éternel il meurt dans une année inconnue
la grande table reste vide les anges nous tourneront le dos combien de temps
je délègue la maladie aux organoïdes ils n’ont pas trop mal ils sont trop petits
je suis amoureux des jours prolongés les organoïdes sont à la limite
c’est le problème de l’avenir si la poésie est périphérique
soit le texte ne grandit pas soit le texte n’est pas la viande ou le texte n’est pas le corps
les organoïdes sont un échec qui est vrai
comment fait-t-on pour observer l’indifférence
je n’y arrive pas
mon corps est inutile et fragile
détresse entre les anges et les organoïdes
j’ai du mal à imaginer comment les mots
cesseraient
d’être
des organoïdes
considérez-les avec considérez-les sans
plaisir sérieux ironie déformation
il est presque impossible de distinguer le niveau de sérieux
il est difficile de savoir ce qui appartient à l’être humain
les machines sont incapables de déceler l’ironie
nos intentions sont mal comprises
nous allons être cruels et rire


Grand manteau

nous croyons en la différence fondamentale
la minute de terreur précède la traversée
le petit robot part à sa recherche
et nous avons nos mains
nous les gardons dans nos poches

le petit robot imagine les traces de la vie
infimes, insoupçonnées
nous ne savons rien
le sang froid n’a rien à dire
il fige l’image

nous ne sommes pas le petit robot
ça change certaines choses
comme vivre ou mourir
comme aimer le goût de la mort comme le goût de la vie

nous sommes un lac profond et vide
qui ne reconnait pas les cris des oiseaux

vous pouvez vous lancer à la recherche des traces de la vie
nous garderons nos mains dans nos poches
nous savons – vous ignorez
le sang froid est indescriptible
la scène de terreur est figée
les lois de la mort sont à la portée du premier assassin
il ne peut pas s’empêcher de tronçonner
nous croyons en la recherche du bonheur
le petit robot porte un long manteau

Genre macabre

déjà cinq jours on n’attend rien que les mauvaises nouvelles
quelque chose doit se passer
il se passe quelque chose
le grissement du gravier sous les pneus de voiture

la porte-fenêtre est fermée le dimanche
ils sont partis en promenade
il ne fait pas si beau mais on entend
les oiseaux
il y en a de différentes sortes

dans le sol nous avons enterré quelque chose qui ressemble
à une cartouche nexpresso rouge de loin
c’est une cartouche de fusil de chasse de plus près
nous avons des égratignures

elle aime bien les surprises laureline
elle est bien gâtée
elle est notre bon souvenir
si on osait on dirait qu’on l’aime
nous avons mis le silencieux dans la bouche

la fleur de l’âge
le courant tendre
les canaris sont morts

la mort prévoit surtout l’arrivée de l’hiver
et l’hiver dit oui à la mort
nous avons des larmes sous le vent