Grandjean et Péricol nous remercient

Grandjean et Péricol sont ce que l’on appelle deux drôles de zèbres. Aimons‑les pour ce qu’ils sont, ce sont des êtres sans bras ni tête. Sans bras ni tête, ils nous aiment. Sans bras ni tête, êtes-vous sûr de les aimer ? Ce n’est pas qu’ils sont moins beaux comme ça, Grandjean et Péricol, c’est juste que certains disent qu’ils sont incomplets. Nous on ne dit pas ça. Pas du tout. On se rappelle qu’on a été comme eux, un jour. Je ne sais pas si l’on était plus Grandjean, ou plus Péricol. Est-ce que cela a de l’importance ? Je ne sais pas. On aime Grandjean, on aime Péricol. C’est l’essentiel. Péricol se plaint un peu. Lui, ce qu’il voudrait, c’est peindre avec la bouche. Une sorte de rêve qu’il a. Il sait que c’est difficile. Surtout quand on n’a pas de bouche. Grandjean lui a des aspirations plus modestes. Il voudrait simplement se gratter le nez. Je le comprends. C’est quelque chose qui aide à réfléchir. Notez que je ne dis pas que Grandjean ne réfléchit pas. Mais c’est plus difficile. Surtout quand on n’a pas de nez, surtout quand on n’a pas de main, avec le bout du majeur qui va bien pour se gratter le nez. Notez que Grandjean ne réclame pas, il voudrait bien, c’est tout. Vous avez compris. Ce qui aiderait peut-être les êtres sans bras ni tête que sont Grandjean et Péricol, et que tous nous avons été un jour, c’est de pouvoir peindre avec la bouche et se gratter le nez. Rien de plus facile ? C’est ce que vous croyez. Vous avez tout oublié. Nous, nous n’avons rien oublié. Nous allons aider Grandjean et Péricol. Et je leur dis, au nom des nous qui n’avons pas oublié que nous aussi, nous avons été un jour sans bras et sans tête : laissez-nous vous aider. Grandjean et Péricol ne le savent pas encore, mais il faut peu de choses pour les aider. Juste l’essentiel. Je ne trahirai pas nos secrets ici. Sachez seulement qu’il n’y a pas de recette toute faite. Si je peux aider Grandjean, c’est que je suis Grandjean. Si je veux aider Péricol, c’est que je suis Péricol. Grandjean et Péricol acceptent notre aide. C’est le début d’une belle amitié. Quand je suis Péricol, Grandjean m’aime plus que tout. Si je suis Grandjean, comme Péricol est heureux de me voir ! Grandjean et Péricol sont face à face. Ils se sourient. Ou plutôt, c’est à moi que tantôt l’un, tantôt l’autre sourit. Et moi bien sûr, je leur rends leur sourire. Vous n’aviez jamais vu un sourire sans tête, le voici. Grandjean et Péricol sont des êtres touchants. S’ils me touchent, je les touche aussi, et ça nous fait du bien. Vous n’avez jamais été touché par un être sans bras ni tête ? C’est que vous croyez. Au fait, ça y est, vous avez vu ? Péricol peint avec la bouche et c’est beau. Grandjean se gratte le nez, et ses pensées sont profondes. Et pourtant, je ne suis pas magicien. Grandjean et Péricol nous remercient. Merci.