La petite veillée de Chloé

Demain c’est dimanche 16 janvier. Chloé Delaume organise sa petite veillée à partir de 18h30 Chez Mona, 9 rue de Vaugirard, 75006 Paris. Une fois par mois, elle lit de la littérature et invite de nouvelles voix à lire leurs textes. J’y serai pour lire un inédit tiré d’un ensemble poétique intitulé « le monde merveilleux ». Merci à elle ! Et ça me ferait plaisir de vous y voir ! Inscriptions ici : https://www.chezmona.com/…/la-petite-veillee-de-chloe…
Chez Mona, 9 rue de Vaugirard, 75006 Paris.

Photo de Aude Boyer

31e salon de la revue – 16 octobre 2021

Samedi 16 octobre 13h-14h Salle Philippe Jaccottet
Naissances en revues

Le nouveau-né encore fripé en couverture du n° 2 de Pourtant intitulé « Naissances » embarrasse — « C’est Nagasaki ! », a dit un de ses lecteurs — ou fascine. Une trentaine de nouvellistes, poètes et photographes y parcourent ce moment inouï, placé sous la marque de la joie, pourtant empreint de violence et de douleur. Réunis autour de Christina Mirjol, auteure de romans, de nouvelles et de textes pour la scène et de Gilles Bertin, l’un des animateurs de la revue, la photographe Pauline Marzanasco, les romancières et nouvellistes Emmanuelle Favier et Claudine Londre, les poètes Myriam OH et Vincent Es Sadeq (première publication) évoqueront ce numéro. Ils se demanderont, au miroir de la figure de passeuse et d’écloserie de la revue, comment créatrices et créateurs viennent au monde.

Grandjean et Péricol nous remercient

Grandjean et Péricol sont ce que l’on appelle deux drôles de zèbres. Aimons‑les pour ce qu’ils sont, ce sont des êtres sans bras ni tête. Sans bras ni tête, ils nous aiment. Sans bras ni tête, êtes-vous sûr de les aimer ? Ce n’est pas qu’ils sont moins beaux comme ça, Grandjean et Péricol, c’est juste que certains disent qu’ils sont incomplets. Nous on ne dit pas ça. Pas du tout. On se rappelle qu’on a été comme eux, un jour. Je ne sais pas si l’on était plus Grandjean, ou plus Péricol. Est-ce que cela a de l’importance ? Je ne sais pas. On aime Grandjean, on aime Péricol. C’est l’essentiel. Péricol se plaint un peu. Lui, ce qu’il voudrait, c’est peindre avec la bouche. Une sorte de rêve qu’il a. Il sait que c’est difficile. Surtout quand on n’a pas de bouche. Grandjean lui a des aspirations plus modestes. Il voudrait simplement se gratter le nez. Je le comprends. C’est quelque chose qui aide à réfléchir. Notez que je ne dis pas que Grandjean ne réfléchit pas. Mais c’est plus difficile. Surtout quand on n’a pas de nez, surtout quand on n’a pas de main, avec le bout du majeur qui va bien pour se gratter le nez. Notez que Grandjean ne réclame pas, il voudrait bien, c’est tout. Vous avez compris. Ce qui aiderait peut-être les êtres sans bras ni tête que sont Grandjean et Péricol, et que tous nous avons été un jour, c’est de pouvoir peindre avec la bouche et se gratter le nez. Rien de plus facile ? C’est ce que vous croyez. Vous avez tout oublié. Nous, nous n’avons rien oublié. Nous allons aider Grandjean et Péricol. Et je leur dis, au nom des nous qui n’avons pas oublié que nous aussi, nous avons été un jour sans bras et sans tête : laissez-nous vous aider. Grandjean et Péricol ne le savent pas encore, mais il faut peu de choses pour les aider. Juste l’essentiel. Je ne trahirai pas nos secrets ici. Sachez seulement qu’il n’y a pas de recette toute faite. Si je peux aider Grandjean, c’est que je suis Grandjean. Si je veux aider Péricol, c’est que je suis Péricol. Grandjean et Péricol acceptent notre aide. C’est le début d’une belle amitié. Quand je suis Péricol, Grandjean m’aime plus que tout. Si je suis Grandjean, comme Péricol est heureux de me voir ! Grandjean et Péricol sont face à face. Ils se sourient. Ou plutôt, c’est à moi que tantôt l’un, tantôt l’autre sourit. Et moi bien sûr, je leur rends leur sourire. Vous n’aviez jamais vu un sourire sans tête, le voici. Grandjean et Péricol sont des êtres touchants. S’ils me touchent, je les touche aussi, et ça nous fait du bien. Vous n’avez jamais été touché par un être sans bras ni tête ? C’est que vous croyez. Au fait, ça y est, vous avez vu ? Péricol peint avec la bouche et c’est beau. Grandjean se gratte le nez, et ses pensées sont profondes. Et pourtant, je ne suis pas magicien. Grandjean et Péricol nous remercient. Merci.

intermède pour nous délasser de la maladie

[nous ne savons rien de la manière dont la langue française façonne le traitement de l’information
dans les zones sensorielles]

voilà c’est ici

je suis à l’intérieur de la bête je suis dans un état de fille je suis dans un état de famille
je suis à l’intérieur des questions elles ont des idées très précises comme la joie
se situe tout au fond de la gorge comme la vieillesse
se mesure au gras des fesses
comme les portes simples et stupides se ferment comme le vent
sait ce qui est dur ou vide

à deux grammes près je suis un homme éveillé
déchargé inspecté ante-mortem pour que le cerveau n’explose pas
amené étourdi levé saigné dépouillé pour ne pas perdre le sang et les os
heureux et mal coupé cette soirée est des plus charmantes
mon sexe rasé est très apprécié
l’ange exterminateur n’a pas le sexe rasé il appartient à l’espèce douteuse
du bout des doigts un boucher sait s’il mérite la bouteille de champagne
il s’ennuie en attendant la prochaine bête

nous souffrons inutilement nous sommes déjà morts l’ange exterminateur a démissionné
du fait de troubles musculosquelettiques l’ange exterminateur a démissionné
il était toujours en retard sur la bête c’était pas le meilleur de nos éléments
nous souffrons d’un fort taux d’absentéisme on dit que certains anges sentent l’alcool
certains se droguent le soir ils sont sur le dos ils commencent à se plaindre
que c’est pas une vie la lame des couteaux est mal essuyée les bras sont surentraînés
ils cassent quand ils tranchent quand il servent quand ils caressent
les accidents du travail sont particulièrement graves et cruels
cruel le mot arrive à l’ange toutefois l’ange exterminateur ne peut pas comprendre le mot
l’ange exterminateur n’était pas payé pour entendre il bourre en plein ventre le luxe du silence

je suis à l’intérieur des questions
pouvez-vous m’en dire plus à son sujet je voudrais en savoir
plus sur son expérience où se trouve-t-on

en vérité

  1. le ventre a des mouvements réflexes il ne s’agit pas de signes de conscience
  2. l’état de ce qui est interrompu n’est pas clair
  3. il faut être très précis avec l’odeur des animaux morts
    elle peut nous gêner de temps en temps
  4. dehors est froid et humide il y a du brouillard

dans un certain état toucher le vent avec la peau

nous vivons dans des cages éloignées
il n’empêche qu’un enfant est toujours jeune très beau et important
il met ses plus grands pieds et dit
je suis le vent dans lequel on a mis la viande à tremper
le soir je n’ai pas faim
parle-moi comment me tordre le ventre


je prépare quelque chose
parler se dit manger le vent faire cracher la tête à l’envers avoir un goût de salive à l’intérieur rouge
le vent se frotte –  le soir un seuil d’activation plus bas entraine des perceptions additionnelles
il y a la matière froide le cerveau humide le sang malade
tu es un enfant pourquoi commencer à se méfier de ton corps tu as reçu les signes tous favorables
puis sous la peau advient un sentiment géographique
les particules sont des trous à ne pas vouloir savoir j’ai le vertige
la peau s’enlève très facilement je ne suis pas dans ta peau la reconstitution est impossible
je te parle comme à un enfant ce que je crois à ton sujet il y a d’autres définitions
le vent est la rupture d’une séquence immobile j’appelle ange le sperme de la lune l’idiot habitable
l’état délirant


je prends le vent dans la main regarde ce n’est rien
ta viabilité est directement liée à ton potentiel infectant
moi j’écris par la maladie c’est comme si le langage vivait par un déséquilibre d’inquiétude



à l’âge que tu as toujours jeune très beau et important le soir vient
trente ans de mesures sont inutiles pour devenir une tendance crédible
la respiration ne s’explique pas car elle est la dispersion homogène d’un enfant
toujours jeune très beau et important il met ses plus grands pieds
il dit tu es un enfant je suis le vent dans lequel on a mis la viande à tremper